Après le Grenelle de l'Environnement, retour sur la problèmatique du réchauffement et de la fonte de la banquise arctique.
Le réchauffement climatique a été le cheval de bataille de ce Grenelle: à ce sujet, voici sur notre graphique la courbe des températures de ces 40 dernières années pour la France: depuis les années 70, on observe de nombreuses variations inter-annuelles, avec des périodes froides (notamment les années 1985) et des périodes plus chaudes (années 90 puis 2005...): mais la courbe "lissée" (en vert) met en évidence un réchauffement incontestable, imputé principalement aux gaz à effet de serre, mais dont certaines causes sont peut-être aussi naturelles (variabilité naturelle du climat).
L’été 2007 a marqué un nouveau record pour la fonte des glaces de la banquise arctique, un recul qui n’avait jamais été aussi important depuis le précédent record de 2005, où la banquise s’étendait sur 5,32 millions de kilomètres carrés, soit environ dix fois la superficie de la France. D’après les données relevées à la fin de l’été dernier, elle ne couvrait plus que 4,28 millions de kilomètres carrés : la fonte des glaces en Arctique dépasse toutes les prévisions les plus alarmantes, ce qui aurait des répercussions assez sensibles sur le système climatique mondial. L'épaisseur de la glaces de l'océan Arctique est passé de 4,88 m en moyenne dans les années 1980, à 2,75 m en 2000, soit une réduction de 2,13 m en 20 ans. Depuis 1980, tous les dix ans l'Arctique perd environ 10% de sa couche de glace permanente. Alors l’océan Arctique pourrait être dépourvu de glace d'ici 50 ans à 100 ans, Selon les spécialistes du climat, le réchauffement global de la planète serait bien à l’origine de cette fonte accélérée : au pôle Nord, les températures se radoucissent deux fois plus vite que sur le reste de la Terre. La fonte des glaces polaires est une véritable catastrophe écologique : elle menace à la fois la vie des populations qui vivent sur ce territoire, mais aussi certaines espèces animales, comme l’ours polaire. Et ce qui inquiète aujourd’hui, c’est l’accélération de la fonte : depuis deux ans, les glaces disparaissent de plus en plus rapidement en été, pour se reformer en hiver. Certains scientifiques estiment même que la banquise estivale n’existera plus d’ici quarante ans, voire même dès 2020 ! Et pourtant, les relevés météo n’indiquent pas de véritable réchauffement dans ces régions boréales : il s’agit d’un phénomène estival surtout attribué au réchauffement des eaux de surface de l’océan, qui contribuerait à cette fonte. Il faut savoir que l’eau a une action de fonte plus importante que l’air et le soleil en raison de l’albédo de la glace. L’influence sur les courants marins est mal connue : le courant froid du labrador existera toujours car les eaux de fonte sont froides et non salées : circulant en surface, elles pourraient même renforcer ce courant et freiner la remontée du gulf stream, ce courant chaud bien connu qui remonte vers l’Islande. Conséquence géopolitique majeure : Le « passage du Nord-Ouest », voie maritime arctique longtemps convoitée qui relie l'Atlantique au Pacifique, est devenu entièrement navigable en été avec le recul de la banquise, rapporte l'Agence spatiale européenne (ESA) sur la foi d'images satellites. La fonte de la banquise polaire a atteint un niveau sans précédent depuis le début de l'observation par satellite, il y a 30 ans, souligne l'ESA. De prime abord, on pourrait naïvement penser que le réchauffement de la planète induise des phénomènes écologiques néfastes, mais certains pourraient y trouver avantages, la fonte des glaces donnant accès à de nouvelles routes dont les droits pourraient être très lucratifs. De plus, si l’Arctique est plus accessible, les réserves de pétrole qui se trouvent dans le Grand-Nord le seront aussi. La délimitation de la frontière maritime entre Canada et les États-Unis risque donc d’entraîner des enjeux importants.
Voici quelques exemples de conséquences stratégiques et économiques induites par la fonte de la banquise en été:
a)– Un nouveau passage maritime recherché depuis des siècles : Le réchauffement planétaire redéfinit la géographie du Nord canadien. De récentes études suggèrent que 50 à 60 % de la glace de l’Arctique pourrait disparaître vers la fin du siècle, d’autres estiment que d’ici 2070, ou plus tôt, l’Arctique serait si chaud qu’il n’y aurait pas du tout de glace en été. Mais, outre des impacts importants sur l’environnement, des glaces plus minces signifient davantage de navigation par le Nord. A l'heure actuelle, seul le canal de Panama sert de lien entre les océans Atlantique et Pacifique. Une route dans l’Arctique raccourcirait de 4000 km les présentes routes de navigation de l’Europe à l’Asie. La glace disparaissant rapidement, nous pourrions assister à une augmentation vertigineuse du trafic maritime dans l’Arctique. En plus des espèces comme l’ours polaire, qui fait face à l’extinction en raison de la fonte de son habitat, d’autres espèces pourraient aussi être tourmentées par des espèces étrangères introduites par le trafic de bateaux et par l’augmentation de la pollution. En plus de la perspective d'un accès accru à de nouvelles sources d'approvisionnement en poisson et en matières premières, plus particulièrement le pétrole et le gaz, le réchauffement des eaux de l'Arctique signifie la possibilité dans un avenir proche d'une voie navigable nord-ouest, au moins pour la période d'été. Cela représenterait d'énormes économies pour les compagnies maritimes internationales qui pourraient ainsi raccourcir leurs trajets actuels de 6500 à 8000 kilomètres. À titre comparatif, le trajet Londres-Tokyo serait réduit à 16 000 km par rapport à 21 000 km par le canal de Suez et 23 000 km par celui de Panama, en passant par cette voie. Dans le cas de pétroliers de plus en plus massif, qui ne peuvent emprunter le Canal de Panama, et doivent alors passer au sud de l'Amérique du Sud, un passage au nord-ouest offrirait un avantage encore plus conséquent. D'ici une trentaine d'années, la banquise d'été devrait avoir tellement fondu que peut-être même des navires non spécifiquement conçus pour l'Arctique devraient être capables de franchir le passage du Nord-Ouest. 20 à 30 navires franchiraient déjà le passage chaque été.
b) – Les opérateurs pétroliers vivement intéressés : Si l'Arctique est plus accessible, les réserves de pétrole qui se trouvent dans le Grand-Nord le seront aussi. Selon certaines estimations, elles équivaudraient au 1/4 des ressources mondiales, de quoi provoquer l'intérêt des opérateurs pétroliers, s'il en était besoin. En effet, bien que le processus du réchauffement de la planète ait entraîné une fonte significative des calottes polaires, augmentant les risques d'une catastrophe écologique, il est néanmoins perçu comme une source potentielle de nouveaux revenus. En 1986, le Canada avait proclamé sa souveraineté sur les eaux intérieures de l’Arctique, mais tant les États-Unis que l’Union européenne et le Japon n’ont jamais reconnu cette proclamation soutenant qu’il s’agit d’eaux internationales. Les dirigeants canadiens voient ainsi le contrôle de l'Arctique comme le point central de leurs ambitions économiques et géopolitiques. Le contrôle de l'Arctique nord-américain est perçu comme une avantage stratégique dont l'importance ne fera que croître pour le Canada dans ses relations avec ses principaux rivaux commerciaux et en particulier avec les États-Unis, concerné par l'Arctique non seulement en vertu de son influence globale mais en raison de l'Alaska.
c)– La bataille sur la territorialité fait déjà rage : Les politiques canadiens ont fait de la revendication de la souveraineté de l’Arctique un sujet-clé de la campagne électorale. Après avoir pris ses fonctions de premier ministre, Harper a promis d’accroître les dépenses pour assurer au Canada une présence militaire dans l’Arctique. Si les États-Unis, tout comme des pays tels la Russie et la Grande-Bretagne, ne mettent pas réellement au défi la revendication du Canada sur les ressources, ils insistent néanmoins sur le fait qu’ils ne devraient pas avoir à demander l'autorisation pour emprunter le passage ni être sujets à toute l’étendue de la loi canadienne. Selon eux, accepter les revendications canadiennes sur le passage jetterait un précédent potentiellement désastreux, poussant d’autres pays à affirmer des revendications territoriales sur d’importantes routes maritimes. |