Les Mauriciens cherchent un responsable après le passage, mercredi, de la perturbation tropicale ex-Lola et les pluies diluviennes qui l'ont accompagnée. La station météorologique de Vacoas est pointée du doigt mais c'est le système d'alerte qui a montré ses limites.
Au moins deux morts, deux disparus et des dégâts matériels considérables : les Mauriciens se souviendront longtemps du passage de l'ex-Lola qui n'était pourtant qu'une perturbation tropicale lorsqu'elle s'est approchée puis est passée sur l'île sœur dans la journée et la nuit de mercredi. Encore sous le choc, les Mauriciens dénoncent les carences de la météo mais plus que les prévisions c'est le système d'alerte qui a montré ses limites. Le bilan humain est lourd. À Mon-Goût non loin de Pamplemousses, une adolescente de 13 ans et une dame de 59 ans ont été emportées par les eaux à la descente du bus. Elles ont péri noyées. A Flacq, sur la côte est, un maçon de 25 ans est porté disparu depuis mercredi emporté par un torrent. Un autre jeune homme de 18 ans est lui aussi porté disparu à Constance. À plusieurs endroits, le pire a été évité de justesse et la liste des victimes pourrait s'allonger. Les régions les plus copieusement arrosées ont été en ordre décroissant l'Est, le Sud et le Nord. Les axes routiers ont été fermés par la police à plusieurs endroits. Un pont a subi des dégâts et plusieurs ouvrages d'art sont infranchissables. On signale également de nombreux éboulis. Les écoles de huit villes ou villages ont été endommagées par les précipitations. Plusieurs stations d'épuration ont été fermées. En revanche l'alimentation électrique est correctement assurée. Si le port de Port-Louis a dû cesser ses activités mercredi en raison du vent qui a nécessité d'immobiliser les portiques, en revanche l'aéroport a fonctionné normalement. La gestion de la crise a pris une dimension politique. Dans les colonnes de L'Express, Paul Bérenger, le leader de l'opposition a stigmatisé le comportement des autorités : « Je trouve inacceptable que déjà, mercredi, le ministère de l'Éducation n'ait pas donné des instructions pour fermer les établissements scolaires. Le pire a été de laisser les enfants aller à l'école ce jour-là. En premier lieu, le ministre Gokhool porte une lourde responsabilité dans ce qui s'est passé. Il a failli à son devoir. Le Premier ministre et le gouvernement doivent également assumer leurs responsabilités ». L'ensemble des établissements scolaires de Maurice sont restés fermés hier. Ils pourraient rouvrir aujourd'hui. « Selon plusieurs inspecteurs et autres techniciens du ministère sur le terrain ce matin, le nécessaire a été fait pour s'assurer que les infrastructures scolaires se trouvent en bonne condition pour le bon déroulement des classes., indique le Mauricien « Nous avons visité les écoles pendant toute la matinée et dans ma région il n'y a aucun problème », dit un des fonctionnaires travaillant dans le Sud. « La situation dans les différentes zones est normale et nous pensons que les classes peuvent reprendre aujourd'hui, sauf si de grosses pluies s'abattent à nouveau sur l'île », dit un autre dans la région ouest. Pour leur part, les collèges privés, très en colère de n'avoir pas été informés officiellement hier après-midi par la PSSA - organisme de contrôle du secondaire privé - de la décision tardive prise par le ministère de fermer les écoles avant 14 h hier, espèrent avoir une communication aujourd'hui concernant la décision ministérielle pour la reprise des classes. « Alors qu'il y a des situations urgentes, la PSSA ne juge pas bon de communiquer avec les responsables du secondaire privé », s'indigne un dirigeant de la fédération des directeurs »
Un système d'alerte à revoir Il serait facile de jeter à la pierre aux météorologues mauriciens mais à la Réunion, il aura fallu deux trains de houle dont un aux conséquences humaines et matérielles catastrophiques pour que la préfecture se décide à sortir en juin 2007 le plan événements météorologiques dangereux prêt depuis avril de l'année précédente. E effet, ce n'est pas tant les prévisions qui ont failli, mais le système d'alerte. La station de Vacoas possède un radar météorologique, certes d'ancienne génération, mais surtout elle est régulièrement destinataire des données recueillies par le radar du Colorado via la station Météo France du Chaudron. Le système peut être utilisé en tant que radar panoramique permettant la détection des précipitations jusqu'à 400 km au large de l'île donc au-delà de Maurice. En mode Doppler, il mesure les vitesses de déplacement des cibles (ici les gouttes d'eau ou les particules de glace et la direction de ces déplacements jusqu'à 135 km de distance oblique). Pour la prochaine saison cyclonique, le radar du Colorado sera équipé d'un nouveau logiciel qui offrira aux prévisionnistes de la station du Chaudron des améliorations en terme de visualisation et de traitement des données. Avec l'implantation envisagée d'un second radar à la Plaine-des-Cafres ou sur le massif du volcan, les météorologues disposeraient d'un outil de prévisions des pluies et du temps d'une grande fiabilité. Sachant avec précision les volumes de précipitations en temps réel, il est possible d'évaluer les conséquences sur les bassins versants en utilisant des logiciels hydrologiques. Qui peut le plus, peut le moins. Outre la veille hydrologique, un deuxième radar permettrait d'améliorer la veille cyclonique dans le cas de systèmes s'approchant des côtes réunionnaises, comme cela a été le cas avec Dina, en 2002, où le radar du Colorado a fourni de spectaculaires images du météore s'apprêtant à frôler notre île… avant d'être pulvérisé par une rafale plus violente que les autres. Toutes ces avancées profiteront aux météorologues mauriciens. La clef du problème est dans l'élaboration de l'alerte. À la Réunion, en cas de risques de précipitations, Météo France émet un bulletin de vigilance adressé à la préfecture, aux sous-préfets et aux médias, régulièrement actualisé. Il indique les niveaux de risque le cas échéant le risque associé, la carte de la ou des zones soumises à l'événement et une fiche de consignes destinées à la population À Maurice, il en va tout autrement comme l'explique Balraj Dhunputh, directeur suppléant de la station de Vacoas dans les colonnes du Mauricien : « Nos critères pour décréter des pluies torrentielles sont : plus de 100 mm d'eau enregistrés sur plus de 12 heures. Ce n'est que vers 11 heures que le niveau moyen des précipitations a atteint ce seuil. C'est sur ce constat qu'il a été décidé de passer en situation d'urgence. » Là où Météo France anticipe, leurs homologues Mauriciens naviguent à vue et cela fait toute la différence
Article et photo d'Amadou NONO. |